Benguigui/93 : un film qui fracasse !

Lundi 29 septembre, Yamina Benguigui squatte toutes les « unes ». Le Parisien en fait son gros titre. Les journaux gratuits idem. Lundi 29, le 93 est à la page. A la première page. Impressionnant, cet emballement médiatique pour son dernier documentaire, « 93, histoires d’un territoire ». Un emballement soudain, pour un département quasiment impossible à expliquer. Alors deux hypothèses s’offrent à nous. La première, plausible : l’attaché de presse de Benguigui est carrément exceptionnel. Seconde hypothèse, probable : le sujet touche et la presse se sent dans l’obligation d’en parler. Alors, à 20h50, rares sont ceux qui ignorent qu’un film sur l’histoire de notre département est diffusé sur Canal +. La chaîne, pour l’occasion, a mis les petits plats dans les grands. Dans leurs vastes locaux d’Issy, face à la tour TF1, la direction a commandé des petits fours (je vous conseille le foie gras de canard sur pain d’épice) et réquisitionné une salle de projection, sans oublier d’inviter des personnalités. Le plan parfait. Mais l’événement est loin d’être mondain.

Dans la salle de projection, les yeux s’écarquillent déjà. Ecran blanc, encore pur, comme préservé. Pourtant, dans quelques minutes, des images « difficiles » défileront. Tel un tableau d’école, l’écran sera noirci par la craie de Yamina Benguigui. Les images qu’elle a tournées, les interviews qu’elle a réalisées, ce documentaire qu’elle a monté seront dévoilés. Pour le moment, elle s’empare du micro devant ses hôtes d’un soir. « En 2005, pendant les émeutes, je ne savais pas quoi faire », raconte-t-elle. La cinéaste a réfléchi. Elle s’est lancée dans ce projet. Un film sur le 93, qui remonte aux sources. S’ensuit deux ans de boulot intensif. Deux ans de recherches. Puis, après bien des heures derrière la caméra, après bien des nuits à la table de mixage, le film naît.

Fadela Amara s’enfonce dans son siège. Sans doute, lui faut-il une préparation psychologique avant de voir un vrai travail sur les banlieues. Un travail qu’elle est censée faire, mais ce n’est pas le sujet. Les lumières s’éteignent. Dès la première image, une des plus touchantes du film, des frissons. Les yeux s’humidifient. Des jeunes filmés lors des heurts de 2005. La haine ressort de ces images sur un fond sonore de Souad Massi.

Mais Yamina ne s’éternise pas. Elle préfère privilégier l’Histoire. L’industrialisation des terres, la désindustrialisation. L’arrivée des immigrés, comme empilés les uns sur les autres dans des tours déjà insalubres. Les témoignages s’enchaînent. Les témoins, devant la caméra de Yamina, sont émus. Beaucoup pleurent. Les mères de famille sont dépassées par leurs bambins. Pour ces derniers, pas de moyens, donc pas de vacances et pas d’activité. Les images des émeutes reviennent rarement, mais elles sont là, présentes. Comme pour dire que voilà, c’est la conséquence de tous les épisodes précédents.

Les plans sont fixes, les images figées. A la fin, apparaissent les visages des grands personnages du 9-3. Un certain André Malraux de Bondy. Un autre, Grand Corps Malade de Saint-Denis. Ou encore, une Faiza Guène de Pantin. Les quelques invités sont apparemment conquis. Ils applaudissent, sans doute encore un peu abasourdis par cette réalité qui fracasse.

Plus trop de mots à la sortie de cette salle. Une journaliste de Canal, Florence Dauchez, qui ne « connaissait rien à l’histoire de ce département », lâche le mot « émouvant ». Exactement, c’était émouvant ! On embrasse la réalisatrice, la félicite. La gorge est nouée, le souffle un peu coupé. Enfin, (il était temps !) tu prends conscience que les politiques se foutent de ta gueule. Mais tu te rassures rapidement. Pas en regardant Fadela à travers les vitres fumées de sa voiture, mais en croyant à des gens comme Yamina. Des personnes prêtes à bousculer les choses.

Puis, c’est l’heure de fuir pour rentrer dans son 93 natal. Celui dont nous sommes fiers pour beaucoup de choses. Celui aussi dont nous avons honte quelques fois. Aujourd’hui, je vous le confirme, vous pouvez en êtes fiers et vous pouvez marcher la tête très haute.

Mehdi Meklat

 

 

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