« 9/3, mémoire d’un territoire » fait un tabac au BondyBlog

Yamina face au BondyBlog
Yamina face au BondyBlog

Quatre punaises, un drap blanc à peine repassé, un rétroprojecteur et le tour est joué. C’est comme ça au Bondy Blog, on fait avec les moyens du bord. Et on fait bien ! Comme à Canal, mais avec moins de moyens. Le 29 septembre, Canal + diffusait « 9/3, Mémoire d’un territoire », de Yamina Benguigui. Ce jour-là, la réalisatrice tapissait les « unes » des journaux. Les critiques n’étaient qu’éloges. Le lendemain, on apprenait par le directeur de la chaine cryptée que « le documentaire avait été un succès historique, en terme de chiffres pour la chaine ». L’aventure ne faisait que commencer. Alors, le Bondy Blog a sauté sur l’occasion. Le rédac’ chef voulait une projection du film en présence de l’équipe du blog, dans les locaux du blog, à Bondy, suivi d’un débat avec la cinéaste. Yamina, « fidèle lectrice » du BB, a accepté avec plaisir la proposition.

Samedi 25 octobre, le début de la projection est prévu pour 15 heures. Les retardataires arrivent essoufflés. Premières images. Des émeutiers révoltés sur la douce voix de Souad Massi. Le film alterne, pendant une heure et demie, entre témoignages et images d’archives. Générique de fin. La réalité dévoilée fait pleurer quelques-uns : évocation de ces pères et de ces mères déboussolés par la société française qu’ils découvrent, souvenirs de frères ou d’amis partis trop tôt. Mais des applaudissements nourris, qui permettent d’évacuer un trop-plein d’émotion. « Très bien », « vraiment super » Le Bondy Blog a apprécié. Le thé est servi. Yamina Benguigui va bientôt arriver.

 

La réalisatrice pénètre dans les locaux. Nouveaux applaudissements, elle sourit. Les personnes qui ont vu le film s’installent autour de la grande table, face à elle. Nadia salue l’absence d’images violentes, si souvent présentes dans les reportages consacrés à la Seine-Saint-Denis. Et pourquoi c’est passé sur Canal + ? La réponse est simple : ni France Télévisions, ni TF1 n’ont voulu du documentaire. « Pour la télé, c’est un non sujet, ce que je ne pense pas, bien sûr, affirme Yamina Benguigui. La mémoire du 93 n’intéresse pas. Pourtant, cette banlieue est bien française ! ».

 

Une anecdote – enfin, plus qu’une anecdote – lui revient à l’esprit. « J’en ai pleuré les larmes de mon corps, entame-t-elle. J’ai été convoquée au CNC (Centre nationale de la cinématographie)devant le directeur de la commission, Serge July (co-fondateur du journal Libération), après avoir demandé une aide à cet organisme pour la réalisation de mon film. Serge July m’a dit « non ». C’était vraiment humiliant, hein, Said ? » Said, son assistant, approuve d’un signe de tête.

 

« On n’a pas aimé que je donne ce gros coup de projecteur, ajoute Yamina Benguigui. Mes films dérangent la gauche bien pensante qui se vante d’avoir fait Jamel. » Mais Yamina s’en fiche des détracteurs. Elle préfère, avec fierté, dire que son film « a été montré à New York et qu’il sera projeté, très bientôt, dans la ville d’Obama, à Chicago ». Waouh !

 

« 9/3, Mémoire d’un territoire » va partir sur les routes de France à la rencontre du public. Sa réalisatrice espère le présenter au festival de Berlin. Et dans deux mois, il devrait sortir en salles. Il est même question d’une projection à l’Elysée, devant Monsieur le Président, si préoccupé par les banlieues. Yamina jure qu’elle « ne lâchera pas l’affaire ». L’aventure ne fait que commencer.

 

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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6 commentaires

  1. Bonjour à vous,

    Merci à Yamina d’avoir fait ce film, dont on n’entend que du bien mais que je n’ai pas vu pour l’instant.
    Si Yamina vient le présenter à Berlin, je suis sûr que le film aura un très grand succès.
    Moi-même résidant À Berlin et impliqué dans une association de Francais de Berlin (dont un certain nombre sont d’origine nord-africaine), je serai ravi si il serait possible d’organiser quelque chose autour du film, avec peut-etre une projection et un débat avec des gens du Bondy Blog et si possible Yamina !

    Voilà, gardez ca dans un coin de votre tête et si vous venez sur Berlin, je serai très heureux de pouvoir aider.
    a+
    Rmatt,
    fidèle lecteur du BB depuis le début !

  2. cnrs et blablabla?
    tout ce qui suit a l’air prise de tête mais c’est le contraire, ça dénou les noeuds… Allez lire ça vite ait, choisissez, vous pigerez les enjeux, les stratégies de discours etc pas besoin d’être érudit, au conraire, ce sont des utils simples vous verrez.

    « Il n’y a pas de relations de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir… Ces rapports de « pouvoir-savoir » ne sont donc pas à analyser à partir d’un sujet de connaissance qui serait libre ou non par rapport au système de pouvoir ; mais il faut considérer au contraire que le sujet qui connaît, les objets, sont autant d’effets de ces implications fondamentales du pouvoir-savoir… »
    — Il faut défendre la société

    pour résumer: celui qui dit detenir un savoir est pas neutre d’un pouvoir; le savoir est pouvoir; l’histoire est l lutte entre histoires, contre histoires, interprétaions etc

    voir Foucault et BIOPOUVOIR et BIOPOLITIQUE (allez dabord sur wiki)

    ET
    un site de livres: http://www.editionsamsterdam.fr/Site/accueil.htm (tres bon)
    voir STUART HALL entre autre Identités et cultures Politiques des cultural studies
    allez voir là: http://fr.wikipedia.org/wiki/Cultural_studies
    (c’est pas mal pour Idir aussi…)
    Lisez ça surtout, les cultural studies, peu implanté en France, vous comprendrez pourquoi… cherchez aussi Richard Hoggart: la culture du pauvre…

    ⁴ L’hégémonie culturelle (important à piger)

    ⁴ Le besoin d’encourager le développement d’intellectuels provenant de la classe ouvrière, ce qu’il a appelé « l’intellectuel organique » (c’est vous les « intello organiques »)
    etc, voir Gramsci
    ET
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Achille_Mbembe entre autre « post colonial studies ». vous verrez que ce qui vient des pays anglo saxons (birmingham usa etc) va vous aider vraiment à penser tt simplement les enjeux les pistes etc

    ET
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Taylor_(philosophe) entr autre (penser la différence ds une république, les représentations etc)

    vous verrez ça donne des « armes » imparables; vous en avez besoin

  3. j’ai mis un comm long j’espère que ça va passer la flemme de le refaire! je vs filai un peu de lecture pou vos futurs débats…

  4. nardinoumouk! il est pas passé! je repasserai vs les filer j’ai pas le temps mais vous en aurez besoin!!!
    refaire une petite partie:
    allez vois ce que c’est biopolitique biopouvoir chez foucault (c pa une blague vs verrez)
    hégémonie culurelle chez gramsci
    les CULTURAL STUDIES (stuart hall et richard hoggart entr autr)
    vous verrez ça vous sera préciux et vs aurez 3 trains d’avance « ici »
    bref je repasserai!

    ze spectre

  5. Je suis fan de ces deux là!

  6. Bon, je continue sur la lancée… CNRS et bla bla

    Selon Alain FAURE, chercheur, spécialiste de l’histoire de l’espace parisien, la Seine-Saint-Denis vue par Yamina Benguigui est une régression historiographique ?
    Il intervient dans le filmde Y. Benguigui mais estime que seuls ses propos allant dans le sens du film ont été retenus au montage.

    Ce film repose en bonne partie sur une vision mythique de l’histoire de la banlieue et de l’histoire de Paris.

    D’abord, il est faux de dire que Paris « dès les années 1840 » devient une ville exclusivement bourgeoise. La capitale est aussi une grande ville ouvrière et industrielle jusque dans les années 1950. N’importe quel Parisien ou Parisienne âgé et né dans un arrondissement à deux chiffres – sauf le 16 et le 17e, et encore ! – vous dira que son enfance a baigné dans les fumées et les odeurs industrielles. Certes, la banlieue eut plus que son lot d’établissements « classés » (c’est-à-dire réglementés en raison de leurs nuisances), mais certains quartiers de Paris n’avaient rien à lui envier. Mieux valait vivre à Romainville ou Dugny qu’à La Villette ou dans le 13e !

    Autrement dit, il est faux de dire que l’industrie moderne ait été parquée, comme le film le prétend, dans les communes du futur 93. Aucune réglementation n’autorisait les préfectures ou les mairies à décréter que dans telle zone seraient les industries et dans telle autre les habitations.

    Bien mieux : le fameux texte de 1810, qui crée les établissements classés, est un texte protecteur de l’industrie vis-à-vis du voisinage, et non le contraire. Pour les autorités de l’époque, industrie égale progrès, et il ne convient pas de la gêner. Et en effet l’industrie était partout : non seulement à Paris et – nous en sommes bien d’accord – à Saint-Denis, Aubervilliers, Pantin ou Saint-Ouen -, mais encore dans l’ouest de la banlieue : Billancourt, Suresnes, Puteaux, Levallois ont été des communes industrielles, tout autant que leurs grandes sœurs du nord-est.
    C’est bien une des raisons pour lesquelles cette idée des vents dominants qui expliqueraient une prétendue concentration des industries à l’est ayant pour but d’épargner la fumée aux contrées de l’ouest, est une idée sans fondement : pourquoi avoir cherché à préserver une zone d’un fléau qu’elle subissait déjà ?

    Enfin, il est faux de supposer que la misère ouvrière et l’exploitation des migrants aient été l’apanage de ces seuls lieux. Les Bretons ? Dieu sait s’ils étaient nombreux à Saint-Denis, et vivant dans de très pénibles conditions à leur arrivée, mais ils se pressaient aussi en foule dans le 15e, se brûlant la peau à l’usine à gaz, ou dans le 17e, trimant dur à la gare des Batignolles. Et les domestiques, ces demi esclaves des ménages parisiens ?

    Il est aussi extrêmement regrettable que le film n’accorde aucune place à l’existence, dans le futur 93, d’une banlieue populaire et heureuse, celle des promenades (la forêt de Bondy par exemple fut longtemps un Eldorado du dimanche, comme la Marne), et surtout celle des lotissements. Avoir une maison à soi, fuir Paris, mais ce fut le rêve de milliers et de milliers d’employés et d’ouvriers pour qui cette banlieue encore verte apparut longtemps comme infiniment désirable.

    La façon dont le film traite d’importants épisodes historiques comme l’apparition des grands ensembles ou la naissance du département correspond peu, voire pas du tout, à ce qu’on peut lire dans les travaux historiques récents.

    Pourtant Mme Benguigui a longuement interviewé des spécialistes de ces questions, Annie Fourcaut et Emmanuel Bellanger. Pourquoi ne les entend-on pas ? Est-ce parce qu’ils n’auraient pas tenu les propos que la réalisatrice attendait ? Voilà le vice fondamental de ce film : quand il ne l’invente pas, tout simplement, il ne veut retenir du passé que le plus noir, pour faire, à toute force, de ce département une sorte de région martyre depuis deux siècles.

    L’action politique dans le 93, aujourd’hui, a sans doute ses urgences et ses nécessités, mais il est inacceptable que son histoire soit ainsi tordue pour s’en faire une arme supplémentaire.

    Alain Faure
    Université de Paris X-Nanterre.
    http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=4934


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