Premier débat public mouvementé à la Courneuve

france-la-courneuve-barre-balzac-1Le tramway, plein à craquer, s’apprête à aborder le quai. La voix électronique annonce « Hôtel de ville de la Courneuve ». « Hôtel de ville de la Courneuve » répète la dame virtuelle, les portes du tram s’ouvrent. Des gens descendent, pressés, stressés. C’est la fin de la journée, voir le début de la soirée. Il est 20h30. La tête baissée, les yeux fixés sur l’asphalte, ils affrontent le vent glacial pour rejoindre leurs baraques, après une journée éprouvante. Pour les autres, un peu plus détendu, un peu moins fatigués -et encore-, c’est cinoche.

« L’Etoile » est illuminé. Le cinéma de la Courneuve projette, en avant première, le documentaire événement de Yamina Benguigui, « 93 Mémoires d’un territoire ». En avant première, parce que oui c’est la première projection publique. Avant, il y avait eu le Sénat, Canal +, mais jamais un cinéma municipal.

La ville est aux aguets. Les associations. Les habitants. Les vieux et les jeunes. Les élus municipaux. Le maire communiste, Gilles Poux. Tout le monde est au rendez vous, l’ouvreuse tente de gérer le flux. Elle navigue entre les noms des personnes qui ont réservé. La salle est pleine à craquer, tel le tram de tout à l’heure. L’entrée était gratuite, offerte à ceux qui veulent connaitre l’histoire de leur Terre. L’histoire du 93 à travers des témoignages de leurs voisins, d’historiens. Le film est lancé, les images défilent sur grand écran.

Dans la salle, les jeunes sont nombreux. Venus avec « le service jeunesse de la ville » pour la plupart. Avec des associations de quartiers pour les autres. Ils sont venus en masse voir leur ville, connaitre son histoire, son passé. Voir leurs parents, leurs grands-parents qui ont débarqué pendant la décolonisation. Le film va bientôt se terminer, le débat bientôt débuter. Le maire ouvre les yeux timidement, après une petite sieste. Et la réalisatrice s’installe discrètement.

Enfin, les applaudissements. Plus chaleureux qu’au Sénat. A première vue, on a apprécié le documentaire. Mais la discussion qui suit s’annonce plus tendu que prévu. Outre les félicitations et les multiples remerciements, beaucoup critiquent. Certains ne comprennent que la réalisatrice « ne montre pas les émeutes ». Benguigui expliquera que son « idée était de remonter à la racine, où les conséquences sont de bruler la voiture de ses voisins ». D’autres reprochent à la cinéaste le fait que « les communistes ne s’expriment pas dans son film ». Peut être auraient-ils voulu voir un film entièrement consacré au Parti ? « Ce n’était pas le but » réplique Yamina Benguigui. Et puis, pour le pourquoi du comment, chacun y va de son hypothèse. Un homme annonce à la cantonade que « c’est un problème raciale ».

Mais, le débat touche à sa fin. Une femme prend le micro. Une voix fluette, la demoiselle prend le micro pour attaquer ouvertement. « A la fin, vous nous donner la preuve que l’on peut réussir même s’il l’on vient du 9-3. Mais maitre Koné, que vous prenez pour exemple de réussite, sort d’un garage. C’est une mise en scène, je connais Maître Koné et son bureau n’est pas dans un garage comme vous le montrez ». La salle est surprise. La jeune au micro, qui se présente « en tant qu’avocate », voudrait-elle dire que le film nous mène en bourrique ? Que la réalisatrice a menti ? « L’équipe du film ici présente, répond Yamina, pourra vous apporter la preuve que maître Koné exerce dans ce bureau, dans ce garage. De plus, maître Koné va réaliser plusieurs débats avec moi, elle pourra répondre directement à cette attaque ».

La salle se lève. Prise d’assaut, Benguigui répond aux sollicitations. Les associations se pressent pour donne une carte de visite. Des jeunes veulent prendre des photos. Des vieux veulent partager des souvenirs. Plus haut, à l’étage, un « pot de l’amitié ». L’occasion de prolonger la discussion.  Un sage kabyle avouera à Yamina qu’il se souvient de l’usine que l’on retrouve dans le film. Il y a travaillé.

Entre polémiques qui ne tiennent pas debout, attaques infondées et injustifiées et félicitations, le premier débat était mouvementé. Ça promet …

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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Un commentaire

  1. soyez le changement que vous voulez voir ds le monde…
    bonne année à tous les 2


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