Les Stanois saluent « un film d’espérance »

1320391226_smallLe terme de No man’s land prend véritablement sa signification.  Une place vide, blanche. Maculée de gouttelettes de pluie.  Personne ne s’y risque. Personne n’ose la traverser. Il est à peine 20h et la boulangerie de la place est la seule vitrine illuminée. Le jeune boulanger, en train de passer le balais, nous rassure « Non, mais vous savez, d’habitude, il y a du monde ici, mais le soir … ». La ville s’éteint à l’heure du coucher de soleil.

Aux alentours, le cordonnier ferme la boutique. La librairie a descendu le rideau de fer depuis quelques heures déjà. Dans les petites résidences, les rideaux et volets sont clos. Seuls quelques appartements restent éclairés. Et puis, au fil des minutes, des silhouettes apparaissent. Au loin. Barricadées sous des parapluies et emmitouflées dans leurs écharpes, ils s’avancent et se dirigent vers l’Espace Paul Eluard. Tous.

Ce soir, l’espace culturel de la ville a descendu le grand écran blanc pour une projection exceptionnelle. Sur la devanture du théâtre les pages imprimés du dernier journal municipal annoncent l’événement : « Le film 9/3 Mémoire d’un territoire diffusé, à Stains, en présence de sa réalisatrice ». Le hall commence à se remplir, on invite les premiers à s’installer dans la grande salle. Lise, Marie-Louise et Marius arrivent ensemble. Des pionniers de la ville. Marius vit ici « depuis 1939 », l’occasion pour le monsieur à la fine moustache et aux lunettes d’évoquer  « une évolution, pas toujours très bonne, de la ville ».  Les trois amis retraités, qui « ne savent pas à quoi s’attendre » sont venus ici pour « voir le 9-3 ». Leur département.

Les 600 fauteuils rouges de la salle auront du mal à se remplir. Mais tout de même, les stanois sont venus en nombre. Comme lors de la projection du documentaire « Mémoire d’Immigrés » il y’a déjà 10 ans de cela. Devant des responsables d’associations de la ville, des jeunes des quartiers voisins, des retraités intéressés, la directrice de l’espace Paul Eluard, le Maire et son élu à la Culture présente le film. Puis, le docu est enfin lancé.n504069005_1587630_2534

(légende photo de gauche à droite: le maire Michel Beaumale,Abdel, Mme Benstair, Yamina Benguigui, Mouloud Mimoun et Rama Koné)

Une fois n’est pas coutume, 93 minutes passées. Les images d’archives et les témoignages émouvants sont ancrés. On applaudit l’arrivée de la réalisatrice.  Mouloud Mimoun, journaliste, s’improvisera modérateur du débat. Autour de Yamina Benguigui, certains protagonistes du documentaire. Rama Koné (avocate), Abdel (étudiant de Clichy-Sous-Bois) et une mère de famille de Neuilly-sur-Marne, Mme Benstair, ont fait le déplacement.

Une femme, dans l’assistance, prend le micro. « Je pense que ce film doit être montré dans les collèges et lycées » dit-elle. Et Benguigui de répondre : « L’image est un outil pédagogique important. Et plus qu’une simple diffusion, il faudrait que le 93 soit étudié ». Avant d’annoncer, carrément, qu’il faudrait « une journée dédié à ce département puisqu’il est victime d’une relégation unique. Une relégation raciale et sociale sans comparaisons .»

Malgré tout, la réalisatrice n’oublie pas d’évoquer les véritables travails d’analyse sur son film  faits à l’étranger. Jusqu’à à la ville hôte du clan Obama notamment. « Ce film a aussi été projeté à Chicago. Des urbanistes venus de New York sont venus le voir parce qu’ils trouvaient que mon film traitait de trois sujets qui les tiennent autant à coeur dans ce que l’on appelle les ghettos new-yorkais ; le logement, l’industrie et les convergences de population.»

Un homme, affalé dans son siège, regrette que la cinéaste ait décidé de montrer uniquement des « réussites individuelles ». La réalisatrice se permettra de répliquer qu’elle a juste voulu « mettre des visages et des images sur les réussites » dans ce documentaire qui est aussi « un hommage aux connus et inconnus ». Le même homme saluera tout de même « ce film d’espérance».  Les questions se succèderont. Certaines incompréhensibles et d’autres fondées. On parlera par exemple d’une certaine « stigmatisation intégrée » par les jeunes de nos quartiers.

Comme le rappelle Mouloud Mimoun, ce documentaire reste  avant tout « un véritable travail d’écriture cinématographique ». Justement, un pére de famille, aux faux airs de quadragénaire, en parlera les yeux pétillants. Saluant un choix musical propre au sujet traité, il décrira une  « parfaite osmose ressentie par le spectateur entre la parole, l’image et l’émotion suscitée. ».

Mais le maire communiste Michel Beaumale, qui regrette tout de même que « l’on ne parle pas de Stains », aura le mot final. Il alertera d’une directive qui se murmure et qui vient tout droit de la commission Balladur [qui rend son rapport fin février NDLR]. « Vous savez, notre département risque de disparaitre, entame-t-il devant les yeux écarquillés des spectateurs. Oui, avec la fusion des départements de la proche banlieue (91,92,94…), le nôtre risque de se retrouver dans un groupement de départements ». En somme, le 9-3 peut ne plus être le 9-3 . 

Le film de Yamina Benguigui, « le plus politique de sa carrière », serait alors le premier des manifestes pour protester contre la disparition du département … Non, il est avant tout un film à la mémoire de la Seine Saint Denis. La réalisatrice l’a elle même dit: « Ce film ne m’appartient plus désormais.»

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